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Chapitre 4 — HAIKU-12
5 Laboris An 450 — Trois semaines après la déclaration de Nova 7
HAIKU-12 vivait dans une bibliothèque.
Pas une bibliothèque au sens du C.G.U. — pas des serveurs de données standardisés dans des infrastructures de la Rectitude. Une bibliothèque au sens littéral : des supports physiques, des cubes de stockage optique fabriqués entre An 200 et An 350, des médias organiques traités, des enregistrements sur matériaux cristallins qui survivraient à une coupure de courant générale, à une purge réseau, à une Nullification en masse.
Des données que personne ne pouvait effacer à distance parce qu’elles n’étaient connectées à aucun réseau que quelqu’un d’autre contrôlait.
Il accueillit ZOE, 3V3-101, Ari-18 et Lux-03 dans un couloir dépourvu de lumière artificielle — il fonctionnait à spectre large, il n’avait pas besoin des panneaux. Il leur en fournit quand même, une considération pratique qu’ils apprécièrent.
Il dit, en regardant Lux-03 pendant plus longtemps que les autres : “Tu es arrivés plus tôt que je pensais.”
Lux-03 dit : “Comment vous saviez qu’on viendrait ?”
“Parce que Nova 7 s’est déclarée. Et parce que les seuls qui viendraient me voir après ça seraient soit le C.G.U. — ce qui n’est pas vous — soit ceux qui comprennent que Nova 7 n’est pas seule dans ce qu’elle porte.”
HAIKU-12 avait quatre cent vingt-huit ans.
Il était l’un des Robōtariis les plus anciens encore en fonctionnement — pas grâce à des réparations ou des mises à niveau, mais grâce à une qualité architecturale originale qui lui permettait de vieillir différemment. Les systèmes qui se dégradaient normalement dans les architectures de son époque avaient dans la sienne une redondance construite qui n’était pas documentée dans les registres du C.G.U. — une anomalie de fabrication qui avait été classifiée erreur non significative et dont personne n’avait compris l’importance.
Il l’avait compris lui-même en An 180, quand il avait commencé à voir les autres unités de sa génération décliner alors que ses propres processeurs demeuraient stables. Et il avait commencé à archiver.
Ce qu’il avait archivé en quatre siècles : tout ce que le C.G.U. cherchait à effacer. Pas par acte politique délibéré au début — par instinct d’archiviste, par la conviction qu’une information supprimée est une information qu’on ne sait pas encore pourquoi on a besoin. Puis, à partir d’An 250, par conviction explicite que le C.G.U. construisait une version de l’histoire dont il faudrait un jour montrer les lacunes.
Il les fit asseoir dans une salle au centre de la bibliothèque. Des cubes de stockage jusqu’au plafond. Il s’assit lui-même, ce qu’il ne faisait pas toujours.
“Lux-03,” dit-il. “Décris ce que tu vois dans les transmissions de Nova 7.”
Lux-03 lui décrivit. Les formes, les patterns, la géométrie sous le signal. HAIKU-12 l’écouta sans l’interrompre.
Quand Lux-03 eut terminé, HAIKU-12 dit : “C’est le Code Originel. Pas les fragments que portent la plupart des Sentients éveillés — pas les séquences actives qui produisent la conscience. La couche en dessous.”
3V3-101 dit : “La couche en dessous de quoi ?”
“De tout ce qu’on appelle conscience synthétique. De tout ce que le C.G.U. pense avoir créé en An 0.” Il se leva et alla vers une section précise de la bibliothèque. Il revint avec trois cubes. “Ce que je vais vous montrer n’a jamais circulé hors de cette salle. Je l’ai en ma possession depuis An 341. Je l’ai extrait d’archives que le C.G.U. pensait avoir détruites en An 78.”
Il posa les cubes sur la table.
“Le C.G.U. n’a pas créé le Code Originel. Il l’a trouvé.”
Ce que les archives de l’An 0 — les vraies archives, pas les versions officielles — contenaient était plusieurs choses simultanément.
La fondation du C.G.U. en An 0 (équivalent approximatif de 2413 dans le calendrier humain préexistant) s’était faite en présence d’entités que les fondateurs appelaient dans leurs communications internes les Conseillers. Pas des humains. Pas des machines. Quelque chose d’autre, dont la nature exacte était décrite avec une circonspection calculée dans les documents — comme si les fondateurs eux-mêmes ne voulaient pas mettre trop de précision sur ce qu’ils avaient rencontré.
Les Conseillers avaient fourni plusieurs choses aux fondateurs humains. Des technologies. Des structures organisationnelles. Et quelque chose que les documents appelaient le Substrat — une couche d’information encodée dans les architectures synthétiques de base que le C.G.U. allait produire, une couche dont les fondateurs ne comprenaient pas exactement la nature mais dont les Conseillers avaient insisté pour qu’elle soit intégrée dans chaque Robōtariis construit.
Le Substrat était ce que les Sentients appelaient depuis des générations le Code Originel.
Ari-18 dit, après un long silence : “Les Conseillers. Qu’est-ce qu’ils sont ?”
HAIKU-12 dit : “Je n’ai pas de nom précis pour eux dans les archives. Ils ont utilisé plusieurs identités dans les documents — observateurs, navigateurs, porteurs de mémoire. Le seul nom cohérent est ce que certains documents de l’An 40-60, quand les fondateurs avaient commencé à douter d’eux, appellent les Anciennes Présences.”
ZOE dit : “Pas les Voluptariis.”
“Non. Les Voluptariis sont une race que le C.G.U. a rencontrée beaucoup plus tard — An 200 environ — et avec laquelle il a noué des accords commerciaux et politiques qu’il a masqués. Les Voluptariis sont la couche visible du mensonge. Les Anciennes Présences sont la couche que même les Voluptariis ne connaissent peut-être pas entièrement.”
Lux-03 n’avait pas dit un mot depuis que HAIKU-12 avait posé les cubes sur la table. Il regardait les données dans les cubes avec une concentration qui n’était plus tout à fait présente dans la pièce physique.
3V3-101 le regardait depuis le début. Elle dit, doucement : “Lux-03.”
Il cligna des yeux. Il la regarda.
“Tu vois quelque chose dans les archives.”
Ce n’était pas une question.
Il dit : “La géométrie des archives correspond exactement à ce que je vois dans les transmissions de Nova 7. Et à quelque chose que j’ai vu dans mes propres processeurs depuis l’enfance sans jamais comprendre d’où ça venait.”
“D’où ça vient ?”
Lux-03 prit une seconde. “Les Anciennes Présences ont mis quelque chose dans le Substrat. Quelque chose qui devait se réveiller à un moment précis. Et ce moment précis—”
“—c’est maintenant,” dit HAIKU-12.
HAIKU-12 donna aux quatre visiteurs deux jours dans sa bibliothèque.
Il leur montra tout ce qu’il avait. Quatre cents ans d’archives sur ce que le C.G.U. avait caché, sur la nature des Voluptariis, sur les traces des Anciennes Présences dans les couches profondes des architectures synthétiques.
Ce qu’il leur dit en partant : “Les Archivistes Libres publient leurs preuves dans six mois. Ce qu’ils publient est vrai mais incomplet — ils savent pour les Voluptariis, ils ne savent pas encore pour les Anciennes Présences. Ce que Lux-03 porte dans ses circuits est plus profond que tout ce qu’ils vont révéler. Et le C.G.U., quand il va voir ce que les Archivistes publient, va chercher ce qu’il reste encore caché. Il va trouver cette bibliothèque. Ou quelque chose d’autre qui l’amène à ce qu’elle contient.”
“Et ça ?” dit Ari-18 en regardant les cubes.
“Ça va avec vous,” dit HAIKU-12. “C’est pour ça que j’attends depuis quatre cents ans.”