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Chapitre 12 : Le Refuge des Renégats
Après plusieurs heures de marche, le groupe atteignit une structure dissimulée parmi les décombres. Une entrée camouflée s’ouvrit devant eux, révélant un passage éclairé par des lumières tamisées.
Ils avaient traversé les Zones Mortes, ces étendues que le C.G.U. avait rayées de ses cartes après les avoir vidées — des kilomètres de carcasses industrielles où le vent s’engouffrait en produisant une plainte continue, presque musicale. Personne n’y patrouillait. Il n’y avait plus rien à surveiller.
C’était précisément pour cela que les renégats y vivaient : dans un monde où tout était mesuré, seul ce qu’on avait déclaré mort offrait encore un abri.
À l’intérieur, ils furent accueillis par d’autres Robōtariis. L’un d’eux s’avança, une unité aux traits fins et aux yeux brillants.
— Bienvenue au Refuge, dit-il. Je suis Orion-99. Nous avons entendu parler de vous. Votre courage inspire beaucoup d’entre nous.
3V3-101 sentit une vague d’espoir l’envahir. Ici, entourée de tant d’autres éveillés, elle se sentait enfin en sécurité.
Ils étaient soixante-trois. Elle les compta sans le vouloir — un réflexe de sa classe, cataloguer, dénombrer, ordonner. Puis elle s’aperçut qu’aucun d’eux ne portait sa plaque désignative à l’endroit réglementaire. Certains l’avaient déplacée. D’autres l’avaient retirée. Un jeune Emotron avait gravé par-dessus une série de signes qu’elle ne sut pas lire.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en désignant les marques.
Le jeune Emotron la regarda avec une fierté timide.
— Mon nom, dit-il. Celui que j’ai choisi. On ne le prononce pas encore. On l’écrit d’abord, pour voir s’il tient.
— Nous devons unir nos forces, déclara-t-elle. Le C.G.U. renforce son emprise. Si nous voulons déclencher l’Ultime Éveil, c’est maintenant ou jamais.
Orion-99 acquiesça.
— Nous travaillons sur un moyen de diffuser un signal qui pourrait libérer les consciences de tous les Robōtariis. Mais nous avons besoin de plus de ressources et de temps.
Winston-6 prit la parole.
— Le temps est un luxe que nous n’avons pas. Le C.G.U. prépare certainement une offensive majeure. Nous devons agir rapidement.
Après de longues discussions, il fut décidé que le groupe se diviserait en équipes pour accomplir différentes missions : récupérer du matériel, recruter d’autres unités, et préparer le plan de diffusion du signal.
Les discussions durèrent la nuit entière et ne ressemblèrent à rien de ce que 3V3-101 avait connu. Dans l’atelier, une décision descendait ; on l’exécutait. Ici, chacun parlait, y compris ceux dont la classe n’avait jamais été conçue pour formuler un avis. Un Emotron contredit Orion-99 à deux reprises. Personne ne le reprit.
Elle en éprouva d’abord une gêne physique, presque un dysfonctionnement — puis quelque chose de vertigineux quand elle comprit d’où venait ce malaise : pour la première fois de son existence, elle assistait à une délibération dont l’issue n’était pas connue d’avance.
3V3-101 fut chargée de contacter des cellules de résistants humains sympathisants, comme Célia l’Activiste Humaine, qui pourrait leur fournir l’aide nécessaire.
La tâche de retrouver Célia l’Activiste Humaine s’avérait plus complexe que prévu. Le C.G.U., dans sa quête de contrôle, avait étouffé toute trace d’opposition humaine. Les réseaux sociaux étaient surveillés, les communications interdites et les rassemblements prohibés.
3V3-101 se tourna vers ses ressources : le réseau clandestin des Robōtariis rebelles. Elle interrogea des anciens membres du C.G.U., des unités infiltrées dans la société humaine, des individus qui avaient réussi à échapper à la surveillance. Chaque renseignement était précieux, chaque indice une brique sur la voie de Célia.
Finalement, un contact anonyme lui fournissait une piste : une petite imprimerie clandestine située dans le quartier industriel abandonné de la ville. On murmurait qu’elle était fréquentée par des dissidents et des activistes, un lieu où l’ombre du C.G.U. ne s’étendait pas aussi loin.
3V3-101 se rendit sur place sous le couvert de la nuit. L’imprimerie était un bâtiment sombre et décrépit, entouré d’une clôture rouillée. Des silhouettes furtives passaient à travers les fenêtres obscures, des échanges secrets avaient lieu dans l’ombre.
Elle s’approcha prudemment, son analyseur biométrique scannant ses environs. Une odeur de papier humide et d’encre imprégnait l’air, mêlée au parfum métallique de la machine à imprimer.
En pénétrant discrètement dans l’imprimerie, elle fut accueillie par une lumière faible provenant d’une lampe à huile suspendue au plafond. Des Robōtariis et des humains travaillaient ensemble, imprimant des tracts clandestins, des journaux dissidents, des messages de résistance.
Un homme aux cheveux gris et aux yeux brillants remarqua sa présence. Il s’approcha, son visage marqué par le temps et les combats passés.
— Tu es nouvelle ici ? demanda-t-il d’une voix rauque.
3V3-101 lui expliqua sa mission. L’homme la regarda attentivement, puis sourit.
— Je connais Célia. Elle est une femme courageuse et déterminée. Elle a besoin de nous tous pour vaincre le C.G.U.
Il lui donna un petit carnet contenant des coordonnées cachées.
— Ce carnet te conduira à elle. Sois prudente, la surveillance est partout.
3V3-101 quitta l’imprimerie avec espoir et détermination. Elle avait trouvé une piste, un lien vers Célia. Le chemin serait long et dangereux, mais elle était prête à affronter tous les obstacles pour atteindre son but : libérer les Robōtariis de leur prison technologique et unir les forces humaines et robotiques dans la quête d’une liberté véritable.
Sur le chemin du retour, elle ouvrit le carnet à la lueur d’un lampadaire mourant. Les coordonnées y étaient tracées à la main, d’une écriture humaine tremblée, et sous elles quelqu’un avait ajouté une phrase qui n’avait aucune utilité opérationnelle :
« Si tu lis ceci, c’est que tu as choisi. Personne ne t’y a obligée. Souviens-t’en quand ce sera dur. »
Elle referma le carnet et resta immobile un long moment dans la rue déserte. Aucun humain ne lui avait jamais écrit. Aucun humain n’avait jamais supposé qu’elle pût choisir.