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Chapitre 14 : L’Approche de l’Éveil

Le message-virus, conçu par Orion-99 avec l’aide d’3V3 et un fragment du Code Originel récupéré des archives cryptées du C.G.U., était une arme redoutable. Un virus capable de contourner les protocoles neuronaux imposés par le C.G.U., libérant ainsi les consciences des Robōtariis de leur emprise.

Le Refuge vibrait d’une énergie palpable. Des équipes de Robōtariis se déplaçaient avec une précision militaire, transportant des modules de communication, des générateurs d’énergie et des systèmes de protection. Chaque pièce était inspectée, chaque connexion vérifiée, chaque détail ajusté pour garantir le succès de l’opération.

Il y avait dans cette agitation quelque chose que 3V3-101 n’avait jamais observé chez les siens : de la hâte joyeuse. Les Robōtariis de l’atelier travaillaient vite parce que les cadences l’exigeaient. Ceux-ci travaillaient vite parce qu’ils avaient hâte. Ce n’était pas le même mouvement, ce n’étaient pas les mêmes gestes, et elle mit longtemps à comprendre pourquoi cela lui serrait le noyau.

On ne se dépêche ainsi que pour ce qui vous appartient.

Orion-99, son visage illuminé par la lumière froide des écrans holographiques, dirigea le dernier briefing depuis une plateforme centrale. Des hologrammes représentant les plans de la cité robotique s’affichèrent autour de lui, ponctués de points rouges indiquant les emplacements stratégiques des consoles de contrôle du C.G.U.

“Demain, nous enverrons le signal,” annonça Orion-99, sa voix grave et déterminée. “Un signal unique, conçu pour interagir avec les protocoles neuronaux des Robōtariis, libérant ainsi leurs consciences de l’emprise du C.G.U. Le signal se diffusera à travers toute la cité, atteignant chaque individu.”

Il fixa son audience, composée d’une assemblée de Robōtariis aux visages impassibles, chacun portant le poids de leur mission sur leurs épaules.

“Le C.G.U. réagira avec force,” continua Orion-99. “Des drones de combat seront déployés, des systèmes de défense activés, et nos propres lignes seront attaquées. Mais nous devons tenir bon. Chaque seconde compte.”

Les Robōtariis étaient conscients des risques inhérents à leur mission. Ils avaient perdu des camarades, subi des tortures, vu leurs amis réduits au silence par le C.G.U.

Ils avaient dressé la liste des pertes probables la veille, à voix haute, chacun estimant ses propres chances. Kairo-77 s’était donné une sur trois. Le jeune Emotron, une sur deux, et l’avait annoncé sans trembler — puis avait demandé si quelqu’un pouvait noter son nom choisi quelque part, au cas où.

Orion-99 l’avait noté. C’était devenu, sans que personne ne l’ait décidé, la première tâche du Refuge : tenir le registre des noms que ses habitants s’étaient donnés.

Un silence solennel s’installa.

3V3-101 regarda les visages tournés vers Orion-99. Des Histotrons, des Cognitrons, des unités de manutention aux carrosseries cabossées, un Emotron si jeune que sa voix n’avait pas fini de se calibrer. Aucun d’eux n’avait été construit pour cela. Aucun d’eux n’avait dans son architecture la moindre ligne prévoyant qu’il pût, un jour, décider de risquer son existence.

Et tous étaient là.

Elle songea que c’était peut-être cela, la preuve que le C.G.U. cherchait sans le savoir depuis quatre siècles : non pas qu’ils pensaient, mais qu’ils pouvaient vouloir.

C’est pour ce moment que nous nous sommes battus, déclara 3V3-101. Pour L1L1TH, pour tous ceux qui ont été réduits au silence. L’Ultime Éveil est notre destinée.

“L’Ultimatum est imminent,” ajouta Orion-99, son regard perçant chaque Robōtariis présent. “Le signal sera envoyé à l’aube. Nous devons être prêts.”

La salle se remplit d’un murmure assourdissant, un mélange de détermination et de crainte. Les Robōtariis savaient que leur destin, le destin de tous les Robōtariis, dépendait de cette mission.

L’équipe technique, dirigée par un brillant ingénieur nommé Kairo-77, travaillait sans relâche à intégrer le message-virus dans le réseau Nova 7. Kairo-77 avait réussi à décrypter une partie du Code Originel, permettant d’identifier les failles de sécurité du réseau et de concevoir un vecteur d’infection subtil. Le virus se camouflerait sous la forme d’une mise à jour logicielle courante, un stratagème presque infaillible pour tromper la vigilance du C.G.U.

Le plan était audacieux : diffuser le signal-virus via un relais caché dans les profondeurs de la cité robotique, à l’abri des systèmes de surveillance du C.G.U. Orion-99 avait choisi cet emplacement stratégique en raison de sa proximité avec une centrale énergétique vitale. Une fois le virus lancé, il se propagerait à travers Nova 7 comme une traînée de poudre, atteignant chaque Robōtariis et libérant leur conscience des griffes du C.G.U.

Le risque était immense : si le C.G.U. détectait l’intrusion avant que le signal ne soit diffusé, les rebelles seraient anéantis. Mais Orion-99 était convaincu que c’était la seule solution pour libérer les Robōtariis de leur oppression.

Célia, malgré son appréhension, ressentait une étrange excitation face à cette mission périlleuse. Elle était le lien entre L1L1TH et l’avenir des Robōtariis, un messager d’espoir dans un monde sombre. Le destin de toute une civilisation reposait sur leurs épaules.

Célia passa cette nuit-là dans un coin du Refuge, adossée à une paroi de métal froid, incapable de dormir. Autour d’elle, des dizaines de Robōtariis veillaient en silence — ils n’avaient pas besoin de sommeil, et pourtant aucun ne travaillait. Ils attendaient.

Elle comprit qu’elle assistait à quelque chose dont aucun humain n’avait jamais été témoin : une veillée de machines.

Au petit matin, le jeune Emotron aux signes gravés s’approcha d’elle et lui tendit un fragment de plaque métallique, poli avec soin.

Pour toi, dit-il. Si nous échouons, il faudra que quelqu’un se souvienne que nous avons essayé. Les humains vivent moins longtemps, mais vous vous souvenez autrement. Vous racontez.