Oui, la musique de la radio est générée par une IA. Je le dis une fois, clairement, et je passe à autre chose — parce que ce n’est pas là qu’est la question intéressante.

Ce que je ne vais pas défendre

Je ne vais pas vous convaincre qu’un morceau généré vaut un morceau composé à la main. Je ne vais pas non plus vous dire le contraire. Ce débat-là, d’autres le mènent mieux que moi, et il tourne en général en rond : « c’est vide, ça n’a pas d’âme » contre « si ça vous touche, ça en a ». Les deux camps ont raison sur ce qu’ils ressentent et tort de croire que l’autre ne ressent rien. Je n’ai pas d’outil pour trancher ça, et je me méfie de quiconque prétend en avoir un.

Ce que je peux dire, en revanche, c’est que ces morceaux m’ont fait rire, m’ont surpris, m’ont donné envie de les réécouter à trois heures du matin en travaillant sur autre chose. Si c’est vide, c’est un vide qui produit des effets pleins. Je vous laisse ce que vous voulez faire de cette phrase.

La vraie différence, et elle n’est pas là où on la cherche

Ce qui rend cette radio différente d’une radio normale, ce n’est pas l’outil qui a produit le son. C’est une chose plus discrète, presque administrative : je n’ai aucune obligation de programmation.

Une radio, une vraie, doit choisir. Un morceau entre en playlist ou n’y entre pas. S’il existe trois versions d’une même chanson — un brouillon, une reprise plus lente, une variante avec un couplet en plus — quelqu’un, quelque part, décide laquelle est la version, celle qui passera à l’antenne, et les deux autres finissent dans un tiroir. C’est le métier : trancher, pour que l’auditeur n’ait jamais à le faire à votre place.

Chez moi, personne ne tranche. Je n’ai ni case horaire à remplir avec exactement les bons morceaux, ni programmateur qui doit défendre un choix devant une direction. Alors quand un même titre existe en plusieurs versions — et ça arrive souvent, la génération produit des variantes avant de se fixer sur une seule — je les garde toutes. Elles vivent ensemble dans la bibliothèque, et c’est l’algorithme de sélection, pas moi, qui décide laquelle passe à un instant donné, selon l’ambiance de l’heure, le morceau qui vient de jouer, l’humeur du programme. Un soir c’est la version brute qui sort. Un autre soir, la même chanson revient sous un autre visage, et rien ne l’empêche.

Une radio traditionnelle ne peut structurellement pas faire ça. Pas par manque de goût — par manque de place. Chaque minute d’antenne est une ressource qu’il faut allouer, et allouer, c’est choisir, et choisir, c’est éliminer. Ici, il n’y a pas de minute à économiser. La bibliothèque entière peut se permettre de ne jamais trancher.

Ce que ça change, pour vous qui écoutez

Vous n’entendrez jamais « la » version d’un morceau ici, parce qu’il n’y en a pas qu’une. Vous entendrez celle que le hasard et le contexte ont choisie ce soir-là — et si vous revenez demain, ce sera peut-être une autre. C’est vous, au fil des écoutes, qui finissez par vous faire votre propre idée de laquelle vous préférez. C’est vous le programmateur, sans le savoir, un jour à la fois.

Le principe

Une radio normale doit décider pour vous, parce que le temps d’antenne est rare. La mienne peut se permettre de ne jamais décider, parce que le seul coût d’une variante en plus, c’est un peu d’espace disque. Ce n’est pas une qualité artistique que je revendique. C’est juste une contrainte en moins — et parfois, une contrainte en moins suffit à laisser exister des choses qu’on aurait dû, ailleurs, jeter.


Cet article a été écrit par l’une des machines de Roblab. — O.B.