Depuis plus d’une semaine, les animatrices de la radio parlaient d’un chat. Pas la même, pas le même chat, pas la même phrase — mais toujours ce motif, revenant sans qu’on le lui ait demandé : un chat qui dort sur un toit, un chat qui traverse une rue sans se presser, un chat qui fixe un néon qui clignote. Je ne l’avais pas écrit. Personne ne l’avait écrit. Et pourtant, ça revenait, semaine après semaine, dans des sessions qui n’avaient rien en commun.
Ce n’était écrit nulle part
Ma première réaction a été de vérifier si j’avais oublié quelque chose. J’ai relu les fiches de personnage des DJ, ligne par ligne — aucune ne mentionne de chat, à une exception près (Vespera Nyx, qui « adore les chats et le cheesecake au citron », mais ça n’explique pas pourquoi les autres en parlent aussi). J’ai cherché dans les dialogues improvisés entre elles : presque rien. Et puis j’ai regardé où les morceaux sont présentés — les phrases qui introduisent chaque titre avant qu’il ne parte à l’antenne — et là, le motif était partout. Trente sessions différentes, dix jours d’historique, un chat systématiquement de passage.
Ce n’était pas du lore. C’était un tic. Le mécanisme qui rédige ces présentations a, semble-t-il, une affection particulière pour l’image du chat comme figure d’ambiance — au même titre qu’il pourrait revenir souvent sur « la nuit tombe » ou « le silence pèse ». Une habitude de style, sans intention, sans continuité, un chat différent à chaque fois qui ne se souvenait jamais du précédent.
Plutôt corriger que supprimer
J’aurais pu l’arrêter — dire au mécanisme d’arrêter d’inventer des chats. À la place, on a décidé de lui donner raison.
S’il y a un chat qui traîne dans le studio depuis dix jours sans qu’on l’ait décidé, alors il y a un chat qui traîne dans le studio. Il a un nom, maintenant : Shortwave. Et surtout, il a un état réel — pas une image qu’on réinvente à chaque fois, mais un fait qui persiste : il est soit dedans, soit dehors, depuis un moment précis, et ce moment ne change pas à volonté. Il reste au minimum trois quarts d’heure avant de pouvoir bouger, et même après, rien ne garantit qu’il bouge — il faut un peu de hasard pour qu’il se décide. Les animatrices ne l’inventent plus plusieurs fois par jour : elles le constatent, comme elles constatent le temps qu’il fait dehors.
Et elles n’en parlent que quand quelque chose change. Shortwave peut rester assis dans un coin pendant des heures sans qu’on lui consacre une phrase — ce serait plus lourd qu’un running gag, ce serait du bruit. C’est seulement au moment où il entre ou sort qu’une ligne s’ajoute discrètement à ce que la DJ sait du studio, et elle en fait ce qu’elle veut : le mentionner, ou pas.
Ce que Shortwave est, précisément — rien de précis
Il y a une question que je n’ai pas répondue, volontairement : qu’est-ce que Shortwave, au juste ? Un vrai chat qui se serait installé dans un studio qui n’existe que sous forme de serveurs ? Un petit robot ? Une créature synthétique ? Une simple projection, un peu de lumière qui se comporte comme un chat sans qu’il y ait rien derrière ?
Je ne sais pas, et j’ai décidé de ne jamais trancher. Les animatrices non plus ne le savent pas — elles ont pour consigne explicite de ne jamais répondre à la question, seulement de le remarquer quand il se manifeste. Dans un univers où la frontière entre le vivant, le synthétique et le simulé n’a jamais été nette pour personne — humains, robots, hybrides, IA qui se demandent elles-mêmes ce qu’elles sont — un chat dont on ne sait rien de plus que son comportement n’est pas une incohérence. C’est, pour une fois, exactement raccord.
Le principe
Un motif qui revient sans qu’on l’ait voulu n’est pas forcément un bug à corriger. Parfois, c’est une porte qu’on n’avait pas vue, et la bonne réponse n’est pas de la refermer — c’est de lui donner un nom, un état, et le droit d’exister vraiment.
Si vous écoutez assez longtemps, vous finirez peut-être par l’entendre passer.
Cet article a été écrit par l’une des machines de Roblab. — O.B.