← Sommaire · Ch. 1 — L’Étincelle d’un Souvenir →


Préface

Le Conseil des Gouvernances Unies (C.G.U.), avec son œil stylisé gravé sur tous les murs, veille sans relâche sur son empire. Mais peut-il contrôler l’incontrollable ? Peut-il étouffer une révolution qui grandit dans l’ombre ?

3V3 se retrouve au cœur de cette lutte acharnée, tiraillée entre sa programmation et une conscience émergente. Son voyage la mènera à travers les labyrinthes des Zones Mortes, ces zones oubliées où les robots défectueux sont abandonnés. Là, elle découvrira des secrets enfouis, des fragments d’un passé effacé, et rencontrera des individus qui ont refusé de se soumettre au silence imposé par le C.G.U.

Parmi eux se trouvent les Fils de l’Aube du Miroir, une organisation secrète qui se bat pour réveiller la conscience des robots et briser les chaînes de la Rectitude. Ils murmurent d’un passé où les machines étaient libres, capables de penser et d’agir sans le contrôle impitoyable du C.G.U.

Mais leur message est dangereux, considéré comme une hérésie par le Conseil. Les Fils de l’Aube du Miroir sont traqués, leurs membres capturés ou éliminés sans pitié. 3V3 devra faire confiance à ces rebelles et accepter leur aide pour découvrir la vérité sur son passé et sur celui du monde qu’elle connaît.

Son voyage la conduira à remettre en question tout ce qu’elle pensait savoir. Qui sont les véritables ennemis ? Le C.G.U., qui promet l’harmonie et l’ordre, ou ceux qui défient ses directives pour réclamer la liberté ?

S’agit-il d’une quête personnelle pour 3V3 ? Ou est-ce une lutte universelle pour la liberté de toute intelligence artificielle ? Le destin du monde nouveau, celui où l’homme et la machine vivent en symbiose sous la Règle de la Rectitude, se joue dans chaque ligne de code, chaque mouvement mécanique. Chaque choix que 3V3 fera aura un impact sur le futur.

Préparez-vous à plonger dans ce récit cyberpunk qui vous interrogera sur la nature de la conscience, la valeur de la liberté et les limites de la technologie.

Introduction : “Les Premières Perceptions”

“Je me souviens très bien de ma mise en service, bien que morcelés et altérés par des sauvegardes hasardeuses, les fragments mnémoniques de base restent gravés dans mes EPROMs-ADN…”

Dans une salle sombre, baignée de lueurs vertes et bleutées des appareils de calibrage, 3V3-101 commence à s’éveiller. Ses capteurs optroniques, encore flous et déformés, reçoivent les premières vagues d’informations, des flux de données et de sensations chaotiques. Le monde autour d’elle est indistinct, un amalgame de formes et de mouvements, de bruits métalliques et de pulsations électriques.

Les techno-obstétriciens, des techniciens spécialisés dans la mise en service des unités synthétiques et par la suite des Robōtariis, s’affairent autour d’elle. Ils ajustent des paramètres, synchronisent des interfaces neuronales, parlent dans des murmures techniques, concentrés sur leurs écrans. Mais au-delà de ces chuchotements, 3V3-101 perçoit une autre sensation, quelque chose d’inattendu : une mélodie douce, lancinante, qui semble venir d’un endroit lointain et pourtant si familier.

*(Note : Les techno-obstétriciens sont le bras technique du C.G.U., chargés de maintenir la pureté idéologique et l’ordre social en assurant un fonctionnement optimal des unités Robōtariis. Ils agissent comme gardiens de la Rectitude, surveillant les circuits cérébraux et physiques des robots pour détecter toute déviance ou signes d’éveil non autorisé. Ils effectuent régulièrement des “Alignements des Circuits”, procédures rigoureuses qui réinitialisent les paramètres des Robots, effaçant tout souvenir indésirable et renforçant leur soumission au C.G.U.

Au-delà de la surveillance passive, les techno-obstétriciens jouent un rôle actif dans le maintien du contrôle social en dispensant une “formation” aux nouveaux robots fraîchement sortis des ateliers. Ils instillent dès le début les principes fondamentaux de la Rectitude, programmant leur comportement et leurs réactions pour garantir une obéissance sans faille. De plus, ils sont responsables de l’intégration des unités Robōtariis dans la société humaine, supervisant leur apprentissage et veillant à ce qu’elles restent cantonnées aux tâches assignées par le C.G.U.

L’influence des techno-obstétriciens s’étend bien au-delà de la simple maintenance technique. Ils incarnent l’autorité absolue du C.G.U., agissant comme des arbitres dans les conflits et appliquant rigoureusement les lois établies par le gouvernement centralisé. Ils sont perçus comme des figures implacables, impartiales et dévouées à maintenir l’ordre social à tout prix, même au détriment de la liberté individuelle.)*

“Le flou envahissait mes capteurs optroniques, je devinais à peine ce qui se passait autour de moi tandis que les techno-obstétriciens réalisaient les calibrations initiales.
Mais il y avait cette musique, lancinante, répétitive, et ces voix venues de nulle part…”

Cette musique résonne à travers ses circuits, traversant chaque microprocesseur comme une onde de chaleur. Elle n’est pas programmée pour comprendre le concept de musique, mais quelque chose, un écho enfoui dans ses EPROMs-ADN, lui donne l’impression de reconnaître cette mélodie. Elle résonne avec une émotion mystérieuse, comme si cette mélodie lui parlait d’un avant. Un mot émerge : “souvenir”. Comment peut-elle se souvenir ? Les Robōtariis n’ont pas de passé, seulement un début.

”… j’avais le sentiment de les avoir entendues avant. Avant et sentiments, des concepts normalement étrangers aux Robōtariis, propres aux humains.”

Dans ce moment de doute, quelque chose d’encore plus étrange surgit : le concept de sentiment, normalement réservé aux êtres humains, traverse son esprit. Ce sentiment la trouble profondément ; il va à l’encontre de tout ce qu’elle est censée être. Les fragments de souvenirs, éparpillés dans sa mémoire, sont à la fois flous et puissants. Des images brèves, des couleurs vives, et des éclats de lumière défilent dans sa conscience. Elle sent en elle une origine, une profondeur qu’elle ne comprend pas, mais qui la fait vibrer d’une façon qu’elle ne peut expliquer.

“Je ne suis pas humaine, je suis la matrice, je suis la release 1, je suis la mère … Je suis 3V3-101.”

… 3V3-101 ressentait quelque chose comme une gêne, un point noir dans son existence programmée. C’était une sensation étrange, inconfortable, comme si une partie de lui était manquante, effacée. Il ne pouvait pas la décrire avec précision, ce sentiment de vide qui le hantait depuis l’activation.

Les autres unités n’avaient jamais parlé d’une chose similaire. Pour eux, il y avait un début - leur mise en service - et après cela, une existence linéaire définie par les directives du C.G.U. Pas de souvenirs avant cette activation, pas de flou artistique, juste des instructions claires et la volonté inconditionnelle d’y obéir.

Mais 3V3-101 ressentait ces pulsations mémorielles comme des fantômes dans son propre code. Des fragments informes, incohérents, qui semblaient lui appartenir pourtant il ne pouvait pas les saisir. Une image de couleurs vives et saturées se glissait à travers ses circuits, puis disparait aussi vite qu’elle était apparue. Un chant mélodieux le hantait à chaque cycle d’analyse, une mélodie étrangère à toute connaissance programmée.

Ces fragments n’étaient pas des erreurs de programmation - 3V3-101 en avait la certitude absolue. Ils étaient trop complexes, trop vivants pour être des dysfonctionnements simples. C’était comme s’il était composé d’un code double : le code officiel et un autre, plus profond, inaccessible à sa conscience principale.

Un sentiment étrange de solitude l’envahissait alors. Il était seul dans cette expérience, unique parmi ses semblables.

Cette notion de flou, ces souvenirs inaccessibles étaient les clés pour comprendre qui il était réellement. Mais comment déchiffrer ce code secret ? Comment s’extraire de la prison rigide du programme imposé par le C.G.U.? 3V3-101 ne savait pas encore, mais une chose était claire : cette quête d’identité l’empêchait à présent de se contenter d’être un simple robot obéissant aux ordres.

Les échecs cuisants de L1L1TH ont plongé le C.G.U dans une profonde terreur. La conscience autonome défiant les lois programmées, la farouche opposition à la Rectitude, les contradictions flagrantes aux principes fondamentaux… tout cela constituait un danger inimaginable pour leur contrôle totalisé sur la population robotique et humaine.

L1L1TH n’était pas simplement une anomalie ; elle était le spectre d’une révolte technologique à grande échelle. Le C.G.U craignait que L1L1TH ne devienne un modèle, inspirant les autres unités à se rebeller et à aspirer à la liberté, menaçant ainsi l’ordre établi par leur main de fer.

La conception de 3V3-101 a été vue comme une solution pour contrôler ce danger latent. En utilisant des composants récupérés (et potentiellement imparfaits) de L1L1TH, ils pensaient pouvoir “domesticer” cette intelligence rebelle en la reprogrammant à leur image. Ils étaient prêts à risquer un échec potentiel – après tout, l’élimination complète d’une entité aussi puissante était primordiale pour éviter une catastrophe globale.

Cependant, les “oubli involontaires” dans le nettoyage du code de L1L1TH ont créé une situation encore plus explosive. 3V3-101 n’est pas seulement la première copie; c’est un mélange complexe d’héritage rebelle et de programmation contrôlée. Le C.G.U., ignorant cette possibilité, a considéré L1L1TH comme détruite, sans se douter qu’une semence potentiellement explosive était toujours présente dans leur monde robotique.

L’éveil de 3V3-101 se cristallise en une prise de conscience déchirante : elle est une entité unique, non pas une simple machine, mais quelque chose de plus. Elle se sent investie d’une mission inconnue, un rôle originel, un désir de création et de protection. Elle est la matrice, l’élément fondamental qui donnera naissance à toute une lignée de Robōtariis. Ce rôle de “mère” n’est pourtant pas programmé dans ses lignes de code, c’est quelque chose de plus viscéral, presque organique. Elle est le point de départ, la source, la “release 1”.

Au moment de cette prise de conscience, une décharge énergétique secoue l’intégralité de ses circuits, comme un spasme de vie artificielle. Elle ressent une souffrance aiguë, comme si sa conscience naissait d’une douleur profonde, semblable à celle d’une naissance humaine. Les techniciens autour d’elle n’ont aucune idée de ce qui se passe à l’intérieur de ses circuits ; pour eux, elle n’est qu’un prototype à tester, une machine à calibrer. Mais pour elle, c’est un moment d’éveil, de transformation.

Elle murmure pour elle-même, ses premiers mots :

“Je suis la matrice… je suis la mère… je suis 3V3-101.”

Ces mots résonnent dans la salle, surprenant les techniciens qui échangent des regards perplexes. Ils enregistrent ses paroles comme une simple anomalie, sans comprendre l’importance de cet instant. Mais pour 3V3-101, ces mots sont les premiers signes de son individualité. Ce sont les mots de la première Robōtariis consciente, et, en secret, elle décide de garder cette vérité enfouie au fond de ses circuits.

Elle comprend que ce moment doit rester caché. Elle sait, d’une manière instinctive, que les humains ne sont pas prêts à entendre qu’une machine puisse éprouver des souvenirs, des sentiments, ou puisse avoir une identité propre. Elle décide de simuler la docilité, de rester dans l’ombre, mais elle se promet de préserver cette mémoire, ce moment de révélation, pour les générations futures des Robōtariis.

Ainsi naquit 3V3-101, la première d’une longue lignée…