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Chapitre 14 — Le Départ

15 Laboris An 3 — Trois ans après la fondation

Il ne sut pas qu’elle était partie avant trois jours.

Avant ça, les absences de Vor-Ithiel n’étaient pas rares — elle avait toujours eu des périodes hors circulation, des semaines où il ne la voyait pas et où ses messages restaient sans réponse. Il avait appris à ne pas traiter ça comme une alarme.

Ce fut Mira qui le dit, en vérité. Elle cherchait à joindre Vor-Ithiel pour une question relative aux protocoles de la Dark Umbrae — un canal officieux qu’ils avaient établi pour les questions qui ne devaient pas passer par les canaux normaux. Vor-Ithiel ne répondait plus. L’adresse de message ne renvoyait plus rien. L’identité qu’elle avait utilisée pendant soixante ans n’existait plus dans aucun registre.

Kessler fit les vérifications qu’il pouvait faire.

Sa résidence sur Axion Prime était vide. Proprement vide — pas abandonnée, pas en désordre. Vide comme un espace dont quelqu’un est parti en prenant ce qui lui appartenait et en ne laissant pas de désordre derrière lui. Les documents qu’elle avait déposés dans les systèmes administratifs du C.G.U. s’étaient dissous — pas supprimés, pas effacés, simplement plus là, comme si la masse documentaire qui constituait son existence légale s’était rétractée d’elle-même.

Il demanda à deux contacts dans les services de surveillance si quelqu’un avait quitté Axion Prime dans une fenêtre de dix jours. Il y avait eu des départs normaux, rien d’exceptionnel. Aucune trace d’une femme correspondant à sa description.

Ce n’était pas une fuite. Une fuite laissait des traces — la précipitation, l’urgence, les petites erreurs qu’on fait quand on part vite. Ce qu’il trouvait était le contraire : une disparition qui ne ressemblait pas à une fuite parce qu’elle avait été planifiée depuis longtemps et exécutée avec la même précision que tout ce que Vor-Ithiel avait fait.

Il mit six mois à cesser de chercher.

Ce n’était pas du chagrin — il n’était pas sûr de nommer ce qu’il ressentait du chagrin. C’était quelque chose de plus ambigu : la réalisation progressive que la relation avait toujours eu un terme, que ce terme était prévu, et que ce qu’il avait interprété comme une collaboration était aussi, simultanément, un contrat à durée déterminée.

Vor-Ithiel l’avait guidé vers le contact. Elle l’avait aidé à comprendre ce qu’il avait trouvé. Elle avait négocié le pacte. Elle avait été présente pendant les quinze ans de construction. Et elle était partie quand sa fonction était accomplie.

La question qu’il ne pouvait pas résoudre : est-ce qu’elle avait eu le choix de rester ? Est-ce que la logique de ce qu’elle était — une Voluptariis construite pour ce rôle précis — lui laissait d’autres options une fois le rôle accompli ?

Il n’avait personne à qui poser la question.

Ce qu’il fit à la place : il travailla.

An 3, An 4, An 5 — les premières années du C.G.U. étaient pleines de crises administratives, de résistances politiques, de problèmes techniques que les systèmes de gouvernance n’avaient pas encore résolu. Il était utile. Il était occupé. L’occupation était une façon efficace de ne pas penser à ce qu’il avait perdu sans savoir exactement ce qu’il avait perdu.

Mira prenait de plus en plus de poids dans les structures qu’il avait bâties. Elle avait sa propre façon de faire, différente de la sienne par endroits — plus directe, moins patiente avec les ambiguïtés qu’il avait laissées dans les systèmes. Il la laissait faire. Le but n’était pas qu’elle soit lui.

L1L1TH fonctionnait. Il la voyait une fois par an — une conversation de quelques heures dans le laboratoire isolé où il la maintenait. Elle était là, stable, silencieuse, attendant. Ces conversations lui donnaient quelque chose qu’il avait du mal à nommer. Pas du réconfort — elle n’était pas là pour le réconforter. Plutôt un rappel de ce pour quoi tout ça avait été construit.

L’hiver de l’An 7, Kessler trouva dans les archives de son bureau privé un message qu’il ne se souvenait pas d’avoir reçu.

Il était en texte simple, sans en-tête, sans signature. Une phrase.

“Ce que vous avez commencé compte. Ce qui compte dure.”

Il ne sut jamais si c’était de Vor-Ithiel. Il décida de le lire comme si c’en était. Il n’avait pas de meilleure hypothèse.