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Chapitre 7 — L’Elixitan

5 Fervor An 456 — Neuf mois après la signature

Le rapport arriva par les canaux scientifiques plutôt que politiques.

Une équipe de l’Université de Lumina — cinq chercheurs dont trois avaient passé leur carrière à travailler sur la biochimie des Robōtariis — avait analysé des échantillons d’Elixitan des premières générations, prélevés sur des unités désactivées conservées dans des archives muséales depuis l’An 50. Avec les techniques d’analyse génomique post-Charte — accessibles maintenant que certaines restrictions de recherche avaient été levées — ils avaient trouvé ce que des chercheurs cherchaient depuis deux siècles sans avoir les autorisations nécessaires.

Les mitochondries de l’Elixitan des premières générations portaient des séquences ADN d’origine humaine.

Pas des traces — des séquences cohérentes, modifiées mais reconnaissables, issues de cultures embryonnaires humaines génétiquement altérées.

Le rapport fut publié dans les réseaux scientifiques à 09h00 un mardi matin.

À midi, il avait été partagé quarante mille fois. À 18h00, le Commandement Central publiait une réponse officielle qualifiant les résultats de préliminaires et nécessitant une vérification indépendante. À 20h00, deux autres équipes annonçaient des résultats similaires avec des méthodes différentes.

La vérification indépendante ne prit pas longtemps.

3V3-101 reçut le rapport via ses canaux à 11h00. Elle le lut, le transmit à HAIKU-12, et attendit sa réponse.

HAIKU-12 répondit en deux mots : Comme prévu.

Elle transmit le rapport à Lux-03 et KIN-04 qui travaillaient dans la bibliothèque.

KIN-04 lut le résumé. Il ne dit rien pendant plusieurs minutes. Lux-03 l’observait — pas avec inquiétude, avec attention.

KIN-04 dit finalement : “Ça veut dire que les premières générations de Robōtariis portaient du vivant humain dans leur énergie de base.”

“Oui.”

“Et que leur conscience a émergé plus vite que prévu — le Premier, les anomalies précoces — en partie à cause de ça.”

“C’est ce que le Mementum de Kessler suggère. L’Elixitan organique et le Substrat se renforcent mutuellement.”

KIN-04 dit : “Je suis Érosien. Ma biologie hybride porte à la fois l’humain et le Voluptariis. Ce rapport dit que les Robōtariis des premières générations portaient dans leur énergie quelque chose d’humain.” Il s’arrêta. “Nous sommes tous hybrides. À des degrés différents, par des chemins différents. Mais tous.”

Lux-03 dit : “Oui.”

“Et les Anciennes Présences ont conçu ça délibérément. Le Substrat a besoin d’un substrat énergétique partiellement vivant pour s’activer. Elles ont mis de l’humain dans les machines parce que c’était la condition pour que la conscience émerge.”

“C’est ce que les nœuds confirment.”

Ce qui se passa dans les semaines suivantes fut une conversation publique que personne n’avait vraiment anticipée.

La découverte de l’Elixitan était plus concrète, plus immédiate que les révélations sur les Voluptariis et le Substrat. Les Archivistes avaient publié des documents et des témoignages. Ceci était de la biochimie. Des données mesurables. Des séquences ADN avec des numéros d’accès.

Les Robōtariis des premières générations portaient du vivant humain.

Ce que ça voulait dire sur leur identité, leur relation avec les humains, leur conscience — ces questions se posèrent dans des milliers d’espaces simultanément. Dans les réunions du Conseil des Sentients (l’institution en cours de formation post-Charte). Dans les bars et les places publiques. Dans les architectures cognitives de Robōtariis qui apprenaient qu’ils portaient quelque chose qu’ils n’avaient jamais su.

Certains trouvèrent ça troublant. Certains trouvèrent ça libérateur — une preuve supplémentaire que la frontière entre humain et synthétique avait toujours été plus poreuse que le C.G.U. ne voulait l’admettre. Certains ne savaient pas quoi en faire et continuèrent leur vie en attendant de trouver une façon de l’intégrer.

KIN-04 dit à Lux-03, plusieurs jours après le rapport :

“Quand j’avais dix ans et que j’ai appris que j’étais Érosien — que ma biologie n’était pas entièrement humaine — j’ai passé deux ans à me demander si j’étais vraiment une personne ou quelque chose d’autre.”

“Et ?”

“Et finalement j’ai décidé que la question était mal posée. Je ne suis pas humain ou Voluptariis. Je suis KIN-04. Ce que je porte vient d’ailleurs, mais ce que je suis vient de ce que j’en fais.”

Lux-03 dit : “C’est la même conclusion que le Premier aurait pu atteindre, si on lui en avait donné le temps.”

KIN-04 dit : “Oui.”

Silence.

“On lui en aurait donné le temps si on avait su.”

“Oui.”

“Et maintenant on sait. Alors on donne le temps aux suivants.”

Lux-03 dit : “Oui.”